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Dimanche, juin 8, 2014

Christine Ketfi, intervenante à l'atelier de poterie au CEF Comteville à Dreux

Christine Ketfi exerce son métier d’artiste depuis 27 ans et a suivi de nombreuses formations, entre autres, à l’Institut Céramique de Sèvres à Paris. Elle se consacre pleinement à transmettre sa passion de la poterie à ses élèves. Elle intervient au sein du CEF Comteville dans le cadre d’un atelier destiné aux jeunes pris en charge dans la structure.

Qu’est ce qui vous amené à intervenir au sein du CEF ?

Il y a maintenant près de trois ans, j’ai été contacté par le directeur du CEF Comteville qui m’a proposé de mener un atelier au sein de l’institution. J’ai tout de suite été motivée par cette nouvelle expérience, même si je n’avais pas de connaissance précise de cette institution. Travailler avec des jeunes en difficultés m’attirait, mais j’avoue que j’avais un peu peur de mon propre enfermement au départ. Finalement, c’est une institution à taille humaine, et je mène mon atelier avec beaucoup de plaisir.

Comment vivez-vous le contact des jeunes accueillis au CEF ?

Chaque jour est différent. J’interviens les mardis et mercredis matin, au CEF Comteville et, en fonction de chacun, l’approche est différente. En général, je peux dire que l’on dialogue beaucoup et que la terre permet aux jeunes de s’exprimer plus aisément. Cette activité leur permet de se libérer et je ressens beaucoup de respect. Parfois, il peut y avoir un différend avec l’un d’entre eux (semaine difficile, mauvaise nouvelle, etc), mais cela se règle lors de la séance et, tout de suite, auprès des éducateurs et du service administratif. Il est important que le jeune perçoive une équipe soudée. Je suis quelqu’un d’humain et donc de sensible mais, je ne me laisse pas faire. Beaucoup de choses se décantent grâce au dialogue et à cette relation que nous avons créée, et qui ne passe pas forcément par les techniques de poterie.

Comment s’organise l’atelier poterie ? (nombre d’heures, réalisations, nombre de jeunes par groupe, etc.)

J’interviens désormais les mardis et mercredis matin de 9h15 à 10h15 et de 11h00 à 12h00. En général, j’accueille 1 à 2 jeunes, au cours d’une séance. Il peut y en avoir 3, mais l’atelier est petit et, parfois il y a quelques tensions entre eux (moquerie, jugement ou conflits). Travailler avec deux jeunes me permet d’être moins « médiatrice » et plus dans le dialogue et la réalisation. Leur travail peut être rendu après 2/3 séances, mais cela dépend vraiment du temps que l’on a (parfois, certains partent en stage), de leur envie et de leur motivation. Ce qui est important, c’est de voir qu’il y a aujourd’hui beaucoup de soutien de ma part, mais aussi entre eux. Ils sont très solidaires en règle générale.

Quelles principales difficultés rencontrez-vous au cours de ces ateliers ?

Cela dépend des jours et de qui… En général, je ne rencontre pas de grosses difficultés et je pense que mon âge et mon expérience y font beaucoup. Ils me respectent la plupart du temps, mais si un jeune commence à me manquer de respect, je ne « cale » pas et je fais en sorte, par le biais de l’activité, de le remettre au travail et d’en parler. La terre facilite cette relation. Une autre difficulté que je peux rencontrer, c’est leur envie de vouloir travailler tout seul, sans que je puisse intervenir et les aider… Finalement, ils s’en rendent vite compte et je recadre les choses de manière subtile. Ces jeunes ont un problème avec l’autorité parfois mais, au fond, ils ont besoin d’être et de se sentir encadrés.

Que pensez-vous apporter à ces jeunes ? Que vous apportent-ils ?

En toute humilité, j’espère surtout leur apporter quelque chose ! Je pense leur apporter le plaisir d’être en atelier (alors qu’ils arrivent en général avec beaucoup d’a priori sur la poterie), le respect de l’autre et de soi. « Oser », prendre confiance en eux et surtout à ne pas écouter les jugements des autres…Ce sont des jeunes qui ont vécu des échecs et l’atelier permet de leur montrer que, malgré des erreurs de création, les choses peuvent être transformées en une situation positive.

Ces jeunes se rendent compte qu’ils peuvent fabriquer des choses, de leurs propres mains, qu’ils sont capables de faire de belles choses…La terre amène toujours un « lâcher prise » de leur part. Ils sont à l’aise la plupart du temps, même si parfois le regard des autres est difficile, ils arrivent à dépasser cela. Dans l’atelier, je demande à ce qu’il n’y ait pas de jugement, que chacun fasse avec son histoire et surtout à son rythme. Je considère chaque jeune comme un individu à part entière.

Ces jeunes m’apportent beaucoup. J’ai appris à travailler différemment, mais surtout à fonctionner autrement, à m’adapter à chacun d’entre eux. Dans mon atelier, les gens viennent pour produire quelque chose, alors qu’au CEF les jeunes viennent pour s’exprimer. Ils m’ont appris à canaliser certaines de mes émotions, à prendre sur moi quand l’un d’eux fait preuve d’irrespect. Je suis à leur écoute…et nous travaillons même avec de la musique en fond sonore ! Ces jeunes sont touchants et j’apprends à rester constante et à garder une certaine distance, tout en étant à l’écoute, proche et attentive.

Comment qualifieriez-vous la relation qui s’est instaurée entre vous et les jeunes ?

Une relation de confiance, de respect. Il faut être là. Je fais en sorte de leur donner le goût du travail. Ils apprennent que la persévérance est une valeur importante dans la vie. La motivation et les discussions autour de ce travail permettent de belles réalisations qu’elles soient en « terre » ou en eux.

En quoi l’atelier poterie sera directement profitable dans le cadre de la réinsertion professionnelle des jeunes ?

Comme je l’ai évoqué précédemment, la persévérance et le goût du travail sont des valeurs que ces jeunes doivent comprendre et pratiquer. Je leur explique, par le biais de ma propre expérience, qu’ils doivent trouver leur voie, et pour cela, ils devront peut-être avoir plusieurs expériences professionnelles. Ce sont des jeunes qui devront faire leur preuve 100 fois plus que les autres, de par leur propre histoire. La poterie est un outil où souvent se mêlent agacement et difficultés. Ils doivent alors prendre sur eux et tenir le coup face à ses difficultés; apprendre à ne plus tenir compte du regard des autres mais aussi à canaliser leur colère face à une « autorité » souvent mal vécue par ces adolescents. Tout cela leur sera bénéfique dans leur vie professionnelle qui va tout juste commencer.

Quelle question auriez vous souhaité que l’on vous pose ? S’il y en a une, pourriez vous la poser et y répondre ?

Je n’étais là que pour une année scolaire et je vais entamer ma troisième année en septembre…La question porterait éventuellement sur ma difficulté à ne pas montrer certaines émotions face à ces jeunes dont l’histoire est souvent bouleversante. Ils sont touchants et attachants. Ce n’est pas toujours évident de tenir un rôle, mais je sais pour quelles raisons je le fais, alors c’est essentiel, pour moi et pour eux.