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Mardi, février 19, 2013

Rencontre avec Emilien Camacho, enseignant au CEF Comteville

Nous avons rencontré l'enseignant du CEF Comteville, situé à Dreux, où il travaille depuis près de 3 ans auprès des jeunes placés sous mesures judiciaires.
Emilien Camacho, enseignant au CEF de Comteville
  • Pourquoi avoir postulé pour le poste d’enseignant au Centre Éducatif Fermé ?

Je n’ai pas postulé la première année, il me l’a été imposé au 3e mouvement car je sortais de l’IUFM. J’ai redemandé depuis deux ans ce poste car je m’y sens bien, il y a un travail intéressant à faire avec les jeunes et qu’au sein du CEF nous ne sommes pas aussi « coincés » qu’en classe ordinaire au niveau des activités à mettre en place.

  • Comment s’organise la scolarité au sein du CEF ? (Nombre d’heures de cours, nombre de jeunes par groupe, matières enseignées, etc)

18h de cours par semaine en présence des jeunes, avec 3h de réunion le mardi après-midi, en plus de synthèses des jeunes. En règle générale, un ou deux jeunes par cours, mais ça peut aller jusqu’à trois. Les matières enseignées sont les matières de bases comme le français, les mathématiques, ASSR 1 et 2 (Attestation de Sécurité Routière), B2i (Brevet Informatique et Internet), CV et lettre de motivation.

Les cours peuvent être très variés en fonction de la situation du jeune, de ses motivations et de ses goûts (géographie, histoire, sciences, etc)

Sorties culturelles à la médiathèque, aux musées, etc.

Insistance sur les savoir-être (rester assis une longue durée, respecter la parole des autres, demander l’autorisation pour faire une action, gérer sa frustration, accepter d’attendre pour avoir une réponse, etc).

L’argumentation est également une composante importante (« j’aime/ je n’aime pas, oui mais pourquoi ? »), mettre des mots sur ses émotions.

Mais aussi, développer le goût de l’effort et l’autonomie, ne pas baisser les bras au premier obstacle, accepter l’échec.

Un axe important des cours se situe sur la recherche de formation scolaire ou professionnelle à l’issue du placement du jeune.

Il faut mettre du sens sur les apprentissages, même si parfois c’est très compliqué pour eux.

  • Quelles principales difficultés rencontrez-vous lors de vos cours ?

Manque de motivation, difficulté de concentration, d’attention, suivi parfois irrégulier des jeunes (audience, rendez-vous médical, synthèse, stage, etc).

De plus, leur situation judiciaire ou familiale ne leur permet pas toujours de s’investir pleinement dans les activités scolaires car ils sont très préoccupés.

Il ne faut pas oublier que ce sont des jeunes de 16-18 ans qui sont parfois focalisés sur un avenir professionnel excluant la scolarité.

  • Les jeunes ont-ils la possibilité de passer des diplômes scolaires, si oui lesquels ?

Préparation aux diplômes scolaires tels que CFG (Certificat de Formation Générale), DNB (Diplôme National du Brevet), BAC professionnel.

  • En quoi l'enseignement que vous dispensez aux jeunes sera directement profitable dans le cadre de leur réinsertion socioprofessionnelle ?

C’est surtout au niveau des comportements sociaux et de la réflexion.

Ne pas réagir de façon violente ou agressive lorsqu’on ne se comprend pas ou lorsqu’on n’est pas d’accord avec autrui. Ne pas avoir peur de l’inconnu. Verbaliser les choses. Communiquer en somme.

Mais il est impossible de savoir comment le jeune va réagir lorsqu’il ne sera plus placé, s’il va réinvestir les comportements et les connaissances transmises au CEF, on ne peut que l’espérer…