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Lundi, mai 18, 2015

Rencontre avec Erwann Besnard, psychologue au CEF Le Marquisat

Erwann Besnard exerce en tant que psychologue au sein du Centre Éducatif Fermé Le Marquisat à Gévezé. Nous l’avons rencontré.

Présentez-vous. Qu’est-ce qui vous a amené à postuler au poste de psychologue d’un CEF ?

Après une formation universitaire de 4 ans en psychopathologie à l’université Rennes 2, je me suis spécialisé en cliniques criminologiques et victimologiques avec l’obtention d’un D.U et d’un master professionnel dans ce même domaine. Puis, j’ai effectué une recherche dans le cadre d’un Master recherche en psychopathologie pour le compte de l’U.F.R.A.M.A (union nationale des fédérations régionales des maisons d’accueil de familles et proches de personnes incarcérées).

Mes différents stages, en Centre de l’enfance et de la famille, à l’ADAJ (rattaché à l’I.N.A.V.E.M : Institut National d'Aide aux Victimes Et de Médiation, regroupant 150 associations d'aide aux victimes généralistes sur l'ensemble du territoire français) et, auprès d’un expert psychologue durant un an, m’ont sensibilisé à la situation des mineurs sous-main de justice et à leur trajectoire de vie.

C’est donc suite à ces différentes expériences que mon intérêt professionnel s’est porté sur les dispositifs de type CEF et que j’ai intégré le CEF de Gévezé, il y a aujourd’hui plus de 7 ans.

Enfin, durant l’année 2013-2014, j’ai suivi une formation en Droit et psychiatrie à l’université de Rennes 1, me permettant d’obtenir un D.I.U, afin d’être en capacité de répondre aux évolutions du droit et de la santé mentale des usagers de l’établissement.

Quel est le rôle du psychologue en Centre Éducatif Fermé et comment se détaille son travail ?

Le psychologue a un rôle transversal au sein des structures comme le CEF, fait de plusieurs fonctions croisées et interdépendantes :

-La fonction éducative, assurant d’un cadre relationnel structurant et chaleureux.

-Les fonctions psychologiques qui participent au développement des potentialités personnelles et qui doivent tenir compte des contingences biopsychosociales et de la liberté individuelle des jeunes.

-La fonction de contribution à la compréhension du jeune et de sa famille. Il s’agit d’une visée compréhensive qui met en lumière un fonctionnement et des structures mouvantes dans la durée. Elle a pour but de guider l’action éducative et thérapeutique des professionnels. Elle comporte l’intégration de données multiples, afin de tendre à une visée globale des jeunes.

-La fonction de disponibilité aux autres professionnels de l’institution.

-La fonction critique de questionnement de l’intervention.

-La fonction thérapeutique.

Les différentes fonctions doivent être clarifiées quant aux objectifs qu’elles poursuivent, aux personnes qui les remplissent et aux moments où elles sont exercées. Ces différentes fonctions ont des objectifs structuraux et complémentaires.

Comment se déroule l’accompagnement psychologique avec les jeunes ?

Le suivi des mineurs placés au sein de l’établissement est structuré autour d’un entretien pour chacun d’entre eux, chaque semaine.

En plus de ces temps inscrits à leur emploi du temps, il est possible d’avoir des moments moins formels avec le psychologue et chaque adolescent a la possibilité d’interpeller ce dernier à tout moment.

Quel est le profil et/ou le dénominateur commun des jeunes accueillis ?

Si on devait relever les dénominateurs communs à ces mineurs, on pourrait noter l’absence de père qui se retrouve chez près de 90 % d’entre eux, une déscolarisation précoce et une quête identitaire encore plus critique qu’elle ne l’est déjà à l’adolescence.

Quels types de difficultés rencontrez-vous dans votre travail ?

La principale difficulté rencontrée dans mon travail est aussi paradoxalement sa plus grande richesse.

C’est la pluridisciplinarité dont je me nourris chaque jour, mais qui oblige chacun des acteurs institutionnels à faire avec l’autre.

Pouvez-vous nous dire de quels types de troubles psychopathologiques souffrent les jeunes du CEF ?

Je pourrai vous parler de traits, de profils, etc, mais pas réellement de troubles psychopathologiques, car nous travaillons avec des enfants en pleine construction et ce qui peut être relevé aujourd’hui ne sera peut-être plus d’actualité demain. Notre travail, c’est de les accompagner à travailler sur leurs difficultés et de trouver avec eux « la bonne clef » afin qu’ils se construisent et trouvent leur place dans la société.

Ne craignez-vous pas que le suivi psychologique dont bénéficient les jeunes ne s'interrompe une fois leur séjour au centre terminé ?

Évidemment que oui, mais cela ne doit pas freiner notre implication, la simple sensibilisation d’un adolescent à la possibilité de faire appel à l’autre en cas de difficultés doit nous guider. Ensuite, le mineur s’inscrira dans un territoire où il aura les mêmes difficultés d’accès au soin que tout citoyen français.

Comment qualifieriez-vous la relation qui s’est instaurée entre vous-même et les jeunes ?

Elle est fluctuante, souvent connotée négativement à leur arrivée, mais la plupart du temps de « bonne qualité » dès lors que chacun sait où est sa place.

Après ces 7 ans de travail au sein du CEF LeMarquisat, quel bilan en tirez-vous ?

Environ 150 mineurs dont le suivi a pu être entamé, des échecs et de belles réussites, mais surtout la confirmation qu’il est toujours possible de faire quelque chose pour ces adolescents.

Quelle question auriez-vous souhaité que l’on vous pose ? S’il y en a une, pourriez-vous la poser et yrépondre ?

N’avez-vous pas parfois l’impression de travailler avec une population peu reconnaissante, qui donne assez peu de résultats et qui pourrait donc vousdécourager ?

On ne travaille pas dans ce type de structure pour la reconnaissance des usagers et, quant aux résultats, le seul qui importe pour moi est d’estimer avoir fait le maximum avec les moyens qui sont à ma disposition.